Salmo Macrostigma




La Truite de l'Oued Z'hor est l'une des espèces les plus emblématiques du patrimoine naturel algérien. Aujourd'hui encore, son existence alimente les débats : certains la considèrent comme éteinte depuis les grands incendies du massif de Collo, tandis que d'autres affirment l'avoir aperçue dans les eaux fraîches du cours supérieur de l'oued. Malgré plusieurs témoignages, aucune étude récente n'a confirmé avec certitude la présence d'une population viable.

La découverte scientifique de cette truite remonte à août 1855, lorsque le lieutenant-colonel Lapasset, captura plusieurs spécimens au cours d'une tournée chez les Ouled Attia, dans la vallée de l'Oued Z'hor. Soucieux d'identifier cette truite inconnue, il adressa des spécimens conservés dans l'alcool aux naturalistes français. Ceux-ci furent étudiés par le zoologiste Auguste Duméril, qui les décrivit officiellement en 1858 sous le nom de Salar macrostigma (aujourd'hui Salmo macrostigma). Duméril la qualifia de truite « rare, belle et rebelle ».


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Premier Dessin d'après : Nature de la Truite de Oued Z'hor 1890.

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Le terme macrostigma, qui signifie « grandes taches », fait directement référence aux larges ponctuations noires visibles sur les flancs de cette truite. La description originale fut établie à partir de deux spécimens provenant de l'Oued El-Abaïch, un affluent du bassin de l'Oued Z'hor

Ces exemplaires furent conservés dans les collections du Muséum national d'Histoire naturelle de Paris et de la Société zoologique de France. Au cours des décennies suivantes, le nom macrostigma fut largement utilisé pour désigner plusieurs populations de truites méditerranéennes présentant une apparence similaire, en Afrique du Nord mais aussi en Corse, en Italie, en Grèce, en Albanie, en Turquie et au Moyen-Orient. Les études génétiques récentes ont cependant montré que ces différentes populations appartiennent à plusieurs lignées distinctes et que cette appellation ne peut plus être appliquée indistinctement à toutes ces truites.

Les descriptions scientifiques du XIXᵉ siècle montrent que cette truite possédait un corps relativement court, massif et trapu, avec un dos fortement incurvé, une tête de petite taille et un museau court et obtus. Sa robe sombre était ornée de grandes taches noires caractéristiques, tandis que les nageoires dorsale et anale présentaient un bord antérieur noir souligné de blanc. Les écailles, fines et arrondies, étaient particulièrement nombreuses. Les premiers naturalistes soulignaient également plusieurs caractères anatomiques permettant de la distinguer de la truite commune (Salmo fario), notamment un nombre plus faible d'appendices pyloriques et un os maxillaire moins développé. 

À cette époque, les scientifiques considéraient cette truite comme le salmonidé le plus méridional de l'Ancien Monde, représentant unique des truites naturelles d'Afrique du Nord.


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Salmo macrostigma - Algérie MNHN - 1909.

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Vers 1869, plusieurs individus furent capturés dans l'Oued Z'hor afin d'être introduits dans l'Oued Zadra, près de Collo. Plus tard, en 1930, l'administration coloniale entreprit des opérations d'empoissonnement en introduisant la truite arc-en-ciel (Salmo gairdneri, aujourd'hui Oncorhynchus mykiss) dans plusieurs barrages et cours d'eau algériens, dont le bassin de l'Oued Z'hor. Cette introduction est à l'origine d'une confusion persistante : de nombreux habitants pensent encore que la truite de l'Oued Z'hor a été introduite par les colonisateurs, alors qu'elle était naturellement présente dans ces eaux bien avant la conquête française. Les tentatives d'acclimatation de la truite arc-en-ciel furent d'ailleurs peu concluantes.


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Oued Z'hor. Partie Douce. Région El Kantara. Skikda.

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L'histoire de cette truite fut ensuite marquée par deux catastrophes majeures. En 1881, un gigantesque incendie ravagea une grande partie du massif de Collo, provoquant d'importantes pertes de poissons et de larves. Plus d'un siècle plus tard, le terrible incendie de 1983, suivi de violentes inondations, détruisit de nombreuses frayères et emporta œufs, larves et jeunes poissons. Ces événements sont généralement considérés comme les principales causes de son déclin.

Aujourd'hui, la truite de l'Oued Z'hor demeure entourée de mystère. Si certains habitants affirment qu'elle subsiste encore dans les secteurs les plus reculés du massif, aucune preuve scientifique récente ne permet de confirmer son maintien. Qu'elle soit encore présente ou qu'elle ait disparu, elle reste l'un des symboles les plus remarquables du patrimoine naturel et halieutique de l'Algérie, dont la redécouverte constituerait un événement scientifique majeur.


Sources : 

.https://www.gbif.org/fr/occurrence/search?view=GALLERY&taxonKey=6XCYR&entity=o_583633482

https://science.mnhn.fr/institution/mnhn/collection/ic/item/0000-1909